La fois où j’ai eu à m’improviser preneuse de son…

Il y a environ un an par Garance Chagnon-Grégoire

La grande majorité des courageux qui ont décidé d’emprunter la route sinueuse et parsemée d’embuches qu’est le monde du cinéma, ont souvent eu à commencer par faire des courts-métrages indépendants. Quand je dis « indépendants », je veux parler des films faits avec des cent de fonds de poche et je peux vous confirmer qu’au Pied marin Production, nous n’en sommes pas l’exception.

Puisque ce fameux budget est généralement acquis grâce à l’argent personnel du réalisateur et du love money de ses fervents admirateurs (c’est-à-dire sa famille et ses amis), il faut savoir user d’imagination, de débrouillardise et… de « plateaux non rémunérés ». Je ne compte plus les fois où j’ai vu Joëlle cuisiner les lunchs pour l’équipe la veille des tournages jusqu’aux petites heures du matin, et ce, sur des films qu’elle réalisait et produisait elle-même. Je ne me rappelle plus le nombre de projets où j’ai eu à dévaliser la maison de mes parents pour meubler une pièce ou à faire des messages d’urgence sur Facebook pour trouver l’accessoire manquant.

L’été dernier, j’ai eu l’occasion de revivre une expérience de ce genre. Joëlle et moi produisions un court-métrage, Un signal du bout du monde, que nous allions tourner aux Îles-de-la-Madeleine. La saison estivale avance et toute notre équipe est confirmée. Ils ont tous bien hâte de découvrir l’archipel !
Malheureusement, notre preneur de son s’est désisté et nous avons donc dû trouver une solution. Considérant que le temps s’écoulait à une vitesse folle, Joëlle et moi avons pris la décision que je prendrais son poste. Je mentirais si je vous disais que ça ne me rendait pas extrêmement nerveuse.

Il faut savoir que je suis de nature gaffeuse dans la vie et il n’est pas rare de voir ma maladresse prendre le dessus sur une situation nouvelle. J’angoissais déjà à l’idée d’accrocher la tête des intervenants avec ma perche ou encore de briser une lampe. Mais bon, j’avais deux oreilles, je savais me servir de ma tête (des fois) et j’apprenais vite : c’est pourquoi j’ai accepté. Après une formation éclair avec feu notre preneur de son, j’étais enfin prête à relever le défi.

Avec le recul, je pense que je me suis assez bien débrouillée et personne n’a été blessé ! Sauf peut-être mon orgueil, lors d’une fameuse sortie en mer, que mon équipe ne manque pas de rappeler depuis... C’est là où j’ai appris, à mes dépens, que ce n’est pas parce que j’évolue dans une compagnie qui s’appelle le Pied marin (Production) que je l’ai forcément. Je vous épargne les détails, mais je vous dirais que j’ai passé à « ça » de ruiner mon équipement, à défaut de ma dignité. Mais heureusement, entre deux maux de mer, j’ai réussi à prendre le son et à faire de mon mieux pour le film.

(Crédit photo : Élodie Bancel)

Je me suis rendu compte que j’avais beaucoup de plaisir à occuper ce poste ! J’ai même eu à le refaire momentanément sur notre long-métrage documentaire, alors que pour des raisons techniques, nous devions réduire l’équipe au maximum lors d’un tournage en voiture. Pratique quand même !

(Crédit photo : Joëlle Arseneau)

En fin de compte, c’est ça qui est beau avec le cinéma, c’est qu’on ne sait jamais la nouvelle surprise qui va nous tomber dessus !

Crédit photo couverture : Élodie Bancel