Derrière le décor : le métier de chef peintre scénique

Il y a 6 mois par Garance Chagnon-Grégoire

Odette Gauvreau, c’est mon premier contact physique avec le cinéma. Elle est chef peintre scénique. Quand j’étais enfant, mes parents et moi, nous nous rendions dans les studios MELS à Montréal pour y découvrir les décors sur lesquels elle travaillait. Chaque fois, c’était différent : une maison luxueuse, un temple maya ancien, un hall de banque en marbre, et j’en passe ! J’ai donc eu l’envie de vous parler de son métier que peu de gens connaissent.

Exécuter une vision artistique

Être peintre scénique, c’est tout d’abord d’exécuter la vision d’un directeur artistique. Odette m’explique qu’en début de projet, celui-ci va présenter sa recherche d’images et de références à son équipe. C’est là-dessus que les peintres vont baser leur travail. S’il désire une atmosphère glauque, ils vont y aller avec des couleurs plus sombres, avec une vieille patine et des textures par exemple.

Il vient ensuite le choix des lieux de tournage. On décide soit d’y aller en location ou en studio, c’est à ce moment-là que l’ampleur du travail va se décider.

Tourner en studio, ça veut dire partir de zéro. Il faut engager différents quarts de métier. Les dessinateurs vont faire les plans et les menuisiers vont s’occuper de la construction des décors. Ensuite, c’est le tour des peintres de donner tout le côté visuel du rendu.

« En studio, c’est les belles jobs. L’année passée, j’étais sur une série à la Indiana Jones féminin, on voyageait à travers des sites archéologiques en Égypte. On a fait beaucoup de dessins, de grottes, de tombeaux avec des hiéroglyphes. Ça, des hiéroglyphes, on en a fait pendant trois semaines de temps ! »

Archives personnelles d’Odette Gauvreau

Un métier qui a beaucoup changé

André Forcier, Léa Pool, Denys Arcand, François Girard… Nommez-les, Odette les a probablement tous faits. Mais Odette fait aussi beaucoup de films américains, elle n’a pas le choix. Au Québec, on ne fait que du contemporain, mais ça n’a pas toujours été le cas. On ne finance presque plus de films qu’on qualifie de « lourds », comme les films d’époque.

Faire des films contemporains avec peu de budgets, ça implique de réduire le travail des peintres à pratiquement rien. Ça peut devenir difficile d’en vivre.

« Dans les années 90, on travaillait sur une série pendant 3-4 mois, à temps plein. Mais aujourd’hui, ton temps de travail peut être de deux jours seulement sur un projet. Si tu en fais juste un, c’est sûr que tu ne peux pas vivre de ça. Tu dois faire deux trois séries en même temps, en plus d’un film. »

On est loin de l’époque prospère qui a tant fait briller ses yeux d’artiste !

La place du sexisme

Lorsque j’aborde la place des femmes dans ce milieu, Odette n’hésite pas à me répondre.

« Moi quand j’ai commencé, j’étais la seule fille. C’était un monde de gars. Sauf que j’ai jamais été trop gênée. Ça m’a aidée, parce que c’était vraiment tough. Tu le sais qu’il faut que tu te battes tout le temps. Tu vas demander quelque chose et tu vas te faire envoyer promener. »

Bien que la situation ait changé depuis 25 ans, Odette m’explique que c’est une situation qui persiste encore.

« Aujourd’hui, les gars, il faut qu’ils fassent un peu plus attention. Je pense que c’est pas évident si t’es une fille, surtout dans un poste de responsabilités. Ils sont pas tous comme ça, mais ça reste difficile de les mettre au pas, ou de leur faire faire ce que tu veux. »

Atelier de travail d’Odette Gauvreau

Il faut croire que certaines choses prennent plus de temps à changer que d’autres…

À la fin de ma rencontre avec Odette, j’avais maintenant une meilleure compréhension de son métier. J’avais également devant moi une femme forte, travaillante et inspirante.